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Il y a des hommes qui gouvernent un pays. Et puis il y a ceux qui veulent lui donner un destin.
Il y a quelque chose chez Ibrahim TRAORE qui me frappe profondément. À travers ses discours, ses décisions et sa manière de s’adresser à la jeunesse burkinabè, je retrouve une ambition qui me fait penser à Charles de Gaulle : la volonté de construire un pays capable de décider par lui-même, de produire, d’innover et de ne plus dépendre des autres pour assurer son avenir.
La comparaison peut surprendre.
Charles de Gaulle n’a pas seulement dirigé la France. Il a porté une vision de sa puissance et de son indépendance. Il voulait que la France maîtrise son armement, développe son industrie nucléaire, construise ses propres avions et dispose des compétences scientifiques et techniques nécessaires pour rester une grande nation.
Le nucléaire, le Concorde, l’industrie aéronautique et la défense nationale ne sont pas des projets isolés. Ils traduisent une même ambition : ne pas accepter que l’avenir du pays soit déterminé par les capacités industrielles des autres.
De Gaulle ne voulait pas d’une France qui se contente d’acheter ce qu’elle ne sait plus fabriquer. Il voulait une France capable de concevoir, de construire et de maîtriser les technologies qui feraient sa force.
C’est cette vision que je retrouve, à une autre échelle et dans un contexte totalement différent, chez Ibrahim TRAORE.
Le Burkina Faso ne veut plus seulement extraire : il veut transformer
Le 28 septembre 2026, le Burkina Faso a inauguré sa première raffinerie nationale d’or, RAFFINOR-BF, à Ouagadougou. L’investissement annoncé dépasse 11 milliards de francs CFA. Sa capacité initiale d’affinage est de 164 tonnes par an, avec une possibilité d’extension à 515 tonnes.
Ce n’est pas simplement l’inauguration d’une usine. C’est une décision industrielle qui traduit une nouvelle conception de l’économie africaine et qui a du sens
Pourquoi un pays riche en ressources naturelles devrait-il se contenter de les extraire et de les exporter, en laissant à d’autres le soin de les transformer et d'en tirer une partie de la valeur ajoutée ?
Cette question vaut pour l’or, mais aussi pour l’agriculture.
Prenons la mangue. Un pays qui produit des mangues peut les vendre comme fruits frais. Mais il peut également développer des unités capables d’en faire des jus, des purées, des concentrés ou des produits destinés à l’industrie agroalimentaire. Il peut créer des emplois dans la transformation, le conditionnement, la conservation, la maintenance des équipements et la commercialisation.
La même récolte peut ainsi faire vivre bien davantage de personnes et donner naissance à tout un ensemble d’activités économiques.
La richesse d’un pays ne se mesure donc pas uniquement à ce qu’il possède dans son sous-sol ou à ce qu’il récolte dans ses champs. Elle se mesure aussi à sa capacité à transformer ces ressources en produits, en savoir-faire, en entreprises et en emplois.
C’est précisément ce changement de logique chez Ibrahim TRAORE qui est historique : passer d’une économie qui fournit des matières premières à une économie qui développe ses propres capacités de production.
Il ne s’agit plus seulement de se demander comment vendre ce que l’on produit aujourd’hui. Il s’agit de déterminer ce que le Burkina Faso doit être capable de fabriquer demain.
Au lieu de considérer que l’industrialisation est réservée aux pays déjà riches, pourquoi ne pas en faire précisément le moyen de devenir plus riche ? Pourquoi accepter que les machines, les équipements et les compétences techniques viennent systématiquement d’ailleurs ?
Le véritable enjeu est là : Construire progressivement les capacités qui permettront au pays de produire davantage, de transformer ses ressources et de conserver une plus grande part de la valeur créée sur son territoire.
« L’avenir est dans la technique » : un message à la jeunesse
C’est sans doute dans sa manière de parler aux jeunes Burkinabè que je trouve Ibrahim TRAORE le plus intéressant.
Lors de son intervention devant les étudiants de l’université Nazi Boni, en septembre 2026, il a insisté sur la nécessité de former des ingénieurs et des techniciens capables de faire fonctionner les nouvelles installations industrielles. Il a expliqué qu’il ne voulait pas voir des usines burkinabè dépendre durablement de spécialistes venus d’ailleurs faute de compétences locales.
Son message est direct : le pays a besoin de jeunes capables de maîtriser les machines, de les entretenir, de les réparer et à terme, de les reproduire.
Il a également appelé à une réorientation vers les filières scientifiques et techniques, estimant que l’industrialisation du pays exigeait un nombre beaucoup plus important d’ingénieurs et de techniciens.
Ce discours me plaît parce qu’il ne se contente pas de flatter la jeunesse. Il lui donne une perspective et une responsabilité.
Il lui dit, en substance : nous voulons construire des usines, développer des activités nouvelles et transformer notre économie. Mais nous avons besoin de vous pour y parvenir. Vous devez acquérir les compétences qui permettront au pays de fonctionner sans dépendre constamment de l’expertise extérieure.
C’est une manière de parler aux jeunes qui tranche avec les discours politiques trop souvent centrés sur les promesses et les attentes immédiates.
TRAORE leur parle de production, de savoir-faire, de travail et de construction nationale. Il cherche à leur faire comprendre que l’avenir ne se résume pas à obtenir un diplôme pour décrocher un emploi administratif. Il existe aussi dans les laboratoires, les ateliers, les entreprises industrielles et les métiers techniques.
Bien entendu, les métiers littéraires, les sciences humaines, le droit et l'administration restent indispensables à toute société mais en insistant sur ces questions, Ibrahim TRAORE donne à la jeunesse un rôle qui dépasse la recherche d’une réussite individuelle : celui de participer à la construction d’une économie nationale.
Je ne compare pas les deux hommes parce qu'ils seraient identiques. Je les rapproche parce qu'ils incarnent, à mes yeux, une même idée de la responsabilité d'un dirigeant : ne pas se contenter d'administrer le présent, mais préparer les moyens de l'indépendance future.
De Gaulle voulait que la France reste maîtresse de ses choix stratégiques, qu'elle possède son industrie de défense, qu'elle maîtrise le nucléaire et qu'elle conserve une capacité scientifique et technologique de premier plan.
Ibrahim TRAORE veut que le Burkina Faso transforme davantage ses ressources, développe son industrie et forme les jeunes capables de faire fonctionner son économie.
Les contextes diffèrent, mais la conviction qui les rapproche est forte : l'indépendance ne se proclame pas seulement, elle se construit.
C'est pour cela que je trouve Ibrahim TRAORE extraordinaire. Ce qui retient mon attention, ce n'est pas seulement son discours sur la souveraineté ou sa volonté de prendre ses distances avec les puissances étrangères. C'est sa manière de relier cette ambition à des choix concrets : une raffinerie d'or, la transformation des ressources locales, l'industrialisation et la formation de compétences techniques.
Et c'est aussi sa manière de s'adresser aux jeunes. Il leur parle avec détermination, leur explique une vision et leur demande de prendre part à cette transformation. Il ne leur présente pas l'avenir comme quelque chose qui leur sera apporté de l'extérieur. Il leur dit qu'ils ont un rôle à jouer dans sa construction.
Cette conviction est essentielle. Un pays ne peut pas se transformer durablement si sa jeunesse ne croit pas en sa capacité à produire, à inventer et à construire.
De Gaulle a laissé l'image d'un homme qui voulait une France capable de décider de son destin. Ibrahim TRAORE porte aujourd'hui une ambition qui résonne avec cette idée auprès d'une partie de la jeunesse africaine : celle d'un continent qui ne veut plus seulement fournir ses richesses, mais qui entend aussi les transformer.
C'est cette volonté de bâtir, cette ambition industrielle et cette confiance accordée à la jeunesse qui fondent, pour moi, la comparaison avec Charles de Gaulle.
Car la grandeur d'une nation ne tient pas uniquement à ses ressources, à son histoire ou à la place qu'elle occupe aujourd'hui. Elle tient aussi à ce qu'elle décide de devenir.