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SMIC et saut en hauteur : pourquoi chaque hausse élimine davantage de travailleurs?
Imaginez une compétition de saut en hauteur.
Au début, la barre est basse. On commence large. La barre monte de 10 cm en 10 cm. Presque tout le monde passe. Quelques-uns échouent, mais la majorité reste en course. Le niveau est accessible, les écarts sont encore tolérables.
Puis la barre continue de monter. Toujours 10 cm. Là, on commence à voir la sélection naturelle. Des athlètes pourtant sérieux, entraînés, motivés, sortent de la compétition. Non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ont atteint leur plafond. Leur limite physique.
Arrive enfin le moment où il ne reste plus que les meilleurs. À ce stade, on n’augmente plus la barre que d’un centimètre. Un seul. Et pourtant, ce centimètre élimine encore du monde. Beaucoup de monde. Parce qu’à très haut niveau, le moindre détail devient infranchissable.
Le SMIC fonctionne exactement de la même manière.
Au départ, un salaire minimum bas permet à presque tout le monde d’entrer sur le marché du travail. Peu qualifié, débutant, en reconversion, fragile, peu productif au sens économique strict : tout le monde peut « passer la barre ». Les entreprises jouent le jeu. Elles forment. Elles testent. Elles prennent des risques.
Puis le SMIC augmente. Un peu. Puis encore. Comme la barre qui monte de 10 cm. Certaines entreprises décrochent. Pas les grandes structures, pas les secteurs protégés, mais les petites boîtes, les commerces, les services à faible valeur ajoutée. Elles n’éliminent pas par méchanceté. Elles éliminent parce qu’elles n’ont plus le choix.
Et surtout, ce ne sont pas les entreprises qui sont éliminées en premier. Ce sont les travailleurs.
Les moins qualifiés. Les plus jeunes. Les plus âgés. Ceux dont la productivité immédiate ne justifie pas le nouveau niveau de salaire imposé. Ils ne sont pas licenciés parce qu’ils sont nuls, mais parce que la barre est montée au-dessus de leur capacité économique à être employés.
À mesure que le SMIC monte, l’écart se réduit. Comme en saut en hauteur, on arrive à un moment où l’on ne parle plus d’euros, mais de centimes. Et pourtant, chaque petite hausse a un effet massif. Elle n’élimine pas un peu : elle élimine beaucoup.
Pourquoi? Parce que quand le coût du travail est déjà très élevé, toute augmentation marginale devient décisive. Une embauche annulée. Un contrat non renouvelé. Un jeune à qui on ne donnera pas sa chance. Un poste automatisé. Un service externalisé. Une entreprise qui renonce à grandir.
On parle souvent du SMIC comme d’un filet de sécurité. Mais on oublie qu’un filet trop haut devient un mur.
Le raisonnement est simple et brutal : si un travailleur ne « vaut » pas, économiquement, le salaire minimum imposé, il est exclu. Pas mal payé. Exclu. Zéro salaire. Zéro expérience. Zéro progression.
Comme dans le saut en hauteur, il ne reste à la fin que ceux qui peuvent franchir la barre. Les autres ne sautent pas plus bas. Ils sortent du stade.
C’est là le paradoxe : plus on monte le SMIC au nom de la protection des plus faibles, plus on élimine précisément ceux qui sont le plus loin de la barre.
Et contrairement au sport, il n’y a pas de médaille pour ceux qui restent au bord du tapis.